La Bretagne s'interroge sur le phénomène low cost...

Publié le par nolowcost

«On paie tous le prix du low cost !»

12 novembre 2009 - Le Télégramme


Billets d'avion, ameublement, alimentaire... Il est partout. Synonyme d'achat malin, le low cost a envahi notre quotidien. Deux journalistes, Bruno Fay et Stéphane Reynaud, ont enquêté sur le phénomène.



Il y a quelque chose de pourri au royaume du low cost?
Dans les années 60-70, il existait un vrai modèle low cost innovant, mis en place par des entreprises comme Ikea. Ce modèle a été dévoyé. Tout le monde veut aujourd'hui faire du low cost. Le problème, c'est que 90% des entreprises ne portent pas leurs efforts sur l'innovation. Pour réduire les coûts, elles jouent plutôt sur la qualité des produits et sur les méthodes de travail, au détriment des conditions de travail des salariés. Dans les avions des compagnies low cost, les hôtesses s'occupent du contrôle des passagers, mais font aussi le ménage. Et dans certains supermarchés, les caissières déchargent les palettes, vident les rayons...

Y a-t-il des secteurs qui échappent au phénomène?
Tout le monde s'y met : la grande distribution bien sûr, les transports, les salons de coiffure... Même les bordels! L'État aussi : il n'a plus d'autre obsession que de réduire les coûts. On brade les hôpitaux, la Justice, la Poste... La santé est également touchée. Vous pouvez vous soigner à moindre coût en Thaïlande ou en Tunisie. Vous n'avez pas les moyens, mais voulez une prothèse mammaire? Une consultation en ligne suffit. Mais il n'y a pas de mystère: sur place, ce n'est pas le même équipement. Ce ne sont pas des médecins, mais des infirmiers, qui vous opèrent...

Le low cost peut aussi se voir comme une soupape de sécurité, un droit de rêver. Les catégories les moins aisées auront du mal à entendre ce discours...
Oui, c'est difficile de dire aux gens que chaque produit a un prix. Le low cost est un travers de l'hyperconsommation. Tout le monde veut voyager, avoir une belle voiture... Pour voyager moins cher, on va réduire les destinations et entasser tout le monde au même endroit. Ainsi, on va créer un tourisme de masse destructeur. L'alimentation bas prix, de moins bonne qualité, entraîne une augmentation du cholestérol, de l'obésité, des maladies chez les consommateurs. D'une manière ou une autre, on paie tous le prix du low cost.

Par quel tour de magie l'achat à bas prix s'est-il transformé en low cost tendance?
Le tour de force, c'était de créer l'achat malin. Une mise en scène pour faire passer ce qui était il n'y a pas si longtemps de l'achat au rabais pour de l'achat malin. Une vraie imposture. D'autant que le low cost est contagieux. Il engage une concurrence et entraîne toutes les entreprises. Même les plus grandes marques. Personne ne peut croire qu'un billet d'avion pour Londres coûte réellement 12euros. Un consommateur low cost, c'est aussi, quelque part un employé low cost, et peut-être bientôt un futur chômeur low cost. Cette logique n'a rien de durable. C'est un suicide. Le low cost est l'allié objectif des délocalisations. Pour produire moins cher, on fait fabriquer nos produits à l'autre bout du monde. Évidemment, après, on a beau jeu de dire que la Chine produit trop de CO². Mais elle fabrique nos produits!



«No low cost», par Bruno Fay et Stéphane Reynaud, aux éditions du Moment. 17,95 euros.

  • Recueillis par Gwen Rastoll

Publié dans Communication

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